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L’équation de l’AIT : Éducation + Expérience = Employabilité

Les auteures : Iris Elliott et Phuong Diep

Partout en Ontario, l’apprentissage intégré au travail (AIT) devient l’un des ponts les plus importants entre l’éducation et l’emploi. À mesure que les technologies et les industries évoluent et que les apprenants cherchent des voies plus claires vers des carrières enrichissantes, l’AIT devient un outil puissant pour relier l’apprentissage en classe à son application dans le monde réel. Toutefois, il s’agit de bien plus qu’une expérience pratique, un stage ou un projet. L’AIT est façonné par ses acteurs : les étudiants, les établissements postsecondaires, les employeurs, les gouvernements et les responsables qui collaborent pour créer des expériences d’apprentissage significatives et de qualité, qui favorisent le transfert de connaissances, de compétences et de main-d’œuvre des établissements postsecondaires vers l’industrie.

Cet article est le premier d’une série de trois publications visant à explorer l’AIT en Ontario. Nous commençons par une vue d’ensemble, incluant une définition de l’AIT, de son importance et du fonctionnement de l’écosystème, et nous proposons une hiérarchie des besoins des acteurs de ce secteur afin de mieux comprendre les pressions et les priorités qui façonnent le système aujourd’hui.

Pourquoi l’AIT est-il important?

L’AIT est devenu essentiel au perfectionnement de la main-d’œuvre au Canada, en renforçant le bassin de talents et en approfondissant la collaboration. Selon la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES), les projets d’AIT sont plus fructueux lorsqu’ils sont intégrés aux activités à long terme des employeurs et des établissements, devenant ainsi partie intégrante de leur infrastructure de perfectionnement des talents et de leur parcours d’innovation.

L’AIT est important, car il permet :

  • aux étudiants d’acquérir une expérience qui transforme les aptitudes implicites en compétences explicites et démontrables;
  • aux employeurs d’accéder à des talents et à de nouvelles idées et de renforcer leur capacité d’innovation;
  • aux établissements postsecondaires de tisser des liens plus étroits entre le milieu universitaire et l’industrie, ce qui améliore les programmes d’études et la recherche;
  • aux gouvernements et aux bailleurs de fonds de soutenir des parcours qui renforcent les résultats en matière d’emploi, la productivité et la capacité d’innovation nationale.

Au cours de la dernière décennie, les programmes de financement ont joué un rôle important dans la mise à l’échelle de l’AIT au Canada. Le paysage actuel du financement comprend de nombreux programmes. Le Programme de stages pratiques pour étudiants (PSPE) offre des subventions salariales aux employeurs qui embauchent des étudiants de niveau postsecondaire. Les subventions WIL Innovation et VIRTEX de l’organisation ECAIT Canada soutiennent les programmes d’AIT de niveau postsecondaire. Le programme Accélération de Mitacs offre 15 000 $ de financement pour des stages de recherche et des partenariats communautaires. Le programme Stage de stratégie d’entreprise (SSE) de Mitacs offre de 10 000 $ à 15 000 $ de financement pour des projets commerciaux axés sur l’innovation et le renforcement des capacités. Le Crédit d’impôt de l’Ontario pour l’éducation coopérative rembourse jusqu’à 3 000 $ de dépenses admissibles pour l’embauche d’étudiants. Ces programmes peuvent aider à réduire les obstacles financiers et permettre aux employeurs (en particulier les PME aux ressources limitées) d’embaucher des étudiants.

eCampusOntario s’est associée au Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) et à Magnet dans le cadre du PSPE pour fournir un financement aux PME qui embauchent des étudiants ayant fait des stages d’AIT dans nos établissements membres de l’Ontario. Votre entreprise ou organisme pourrait être admissible à une subvention salariale de 70 % (jusqu’à 7 000 $) pour réduire le coût d’embauche et mettre à l’essai de nouvelles compétences.

BHER et Mitacs sont également partenaires d’eCampusOntario dans le domaine de l’apprentissage intégré au travail (AIT), travaillant à développer les liens entre les établissements d’enseignement postsecondaire, les étudiants et les entreprises.

Communiquez avec nous à l’adresse wil-ait@ecampusontario.ca pour en savoir plus!

Qu’est-ce que l’AIT et qui en parle?

ECAIT Canada définit l’AIT comme suit :

« L’apprentissage intégré au travail (AIT) est une forme d’enseignement expérientiel pédagogique qui intègre aux études postsecondaires d’une personne étudiante des expériences d’apprentissage de qualité en milieu de travail ou dans un cadre pratique. » Il implique un partenariat engagé entre un établissement postsecondaire, une organisation d’accueil et une personne étudiante. »

Qu’est-ce que l’apprentissage intégré au travail (AIT) ? Image de CEWIL.

Cette définition met en évidence trois éléments essentiels :

  1. L’AIT est pédagogique : il fonctionne mieux lorsqu’il est positionné de manière intentionnelle, et non accessoire.
  2. Il est cocréé : par les établissements, les employeurs, les étudiants, le gouvernement et les responsables.
  3. La qualité est importante : un AIT fructueux doit soutenir les résultats d’apprentissage, la réflexion et l’évaluation, qui doivent tous être conçus de manière intentionnelle.

L’écosystème entourant l’AIT est actif et en pleine croissance. Des organismes comme ECAIT Canada, la TRAES, le CTIC, des réseaux régionaux et des groupes sectoriels continuent la recherche, l’évaluation et la promotion de modèles d’AIT efficaces. Ces organismes considèrent systématiquement l’AIT comme un mécanisme permettant d’accroître l’innovation, de réduire l’inadéquation en matière de compétences et d’aider les jeunes à accéder à des carrières enrichissantes.

Qui est impliqué et qu’est-ce qui leur importe?

Le système d’AIT repose sur des rôles interreliés. À travers la recherche à l’échelle nationale, le CTIC décrit les principaux acteurs de manière succincte :

  • Les établissements d’enseignement postsecondaires dispensent les programmes d’études, assurent la qualité et établissent des relations de confiance avec les employeurs.
  • Les étudiants recherchent une expérience rémunérée et encadrée qui mène à l’emploi et à une vision claire de leur parcours professionnel.
  • Les employeurs ont besoin d’un accès rapide aux bonnes compétences, d’une intégration fluide et d’une valeur réelle tirée des contributions des étudiants.
  • Les bailleurs de fonds et les gouvernements visent à réduire le chômage, à renforcer la capacité d’innovation et à accélérer la transition de la recherche vers le marché.
  • Les responsables, comme eCampusOntario et d’autres, aident à mettre en valeur les offres des établissements postsecondaires, à mettre les employeurs en contact, à normaliser la qualité et à réduire le fardeau administratif pour tous.

Les besoins, les pressions et les incitatifs de chaque acteur sont distincts et influencent la manière dont l’AIT est conçu, offert et vécu.

Une hiérarchie des besoins pour l’écosystème de l’AIT

Une hiérarchie des besoins nous aide à comprendre les priorités, les contraintes et les influences interreliées qui façonnent le système de l’AIT. En brossant le portrait des besoins de chaque intervenant pour réussir, nous pouvons mieux cibler les possibilités d’innovation, concevoir de meilleures solutions et concentrer nos efforts sur les domaines les plus importants.

Voici la hiérarchie des besoins que nous avons élaborée pour les acteurs de l’AIT en Ontario :

Hiérarchie des besoins et influence dans l’écosystème de l’AIT

ActeurBesoins prioritairesAutres besoins
Bailleurs de fonds (p. ex. gouvernement)Réduire le chômage et renforcer la capacité d’innovation nationale et la souveraineté.Orienter la recherche vers la mise en marché, harmoniser les possibilités avec la demande et les délais du marché du travail (p. ex. créer des incitatifs comme le financement ou des changements de politique, volets d’ISDE, PSPE), et s’assurer de la transparence des règles et des processus.
Établissements (établissements d’enseignement postsecondaire, EEPS)Relier les programmes et les résultats de recherche à l’évolution du marché du travail, garantir des partenariats d’AIT durables, et atteindre des objectifs de placement de 100 % lorsque le programme l’exige.Harmoniser les offres d’emploi avec les résultats d’apprentissage du programme, mettre en commun les possibilités de manière équitable, faciliter la communication et le jumelage entre les employeurs engagés et les étudiants, et favoriser une expérience d’AIT positive pour les étudiants.
ÉtudiantsConvertir l’expérience en entrevues, en offres et en vision claire de leur parcours professionnel.Découvrir les réalités de l’industrie, transformer ses aptitudes implicites en compétences explicites, et bâtir un réseau soutenu par des mentors, de préférence grâce à des occasions d’AIT rémunérées.
EmployeursProfiter d’un accès rapide aux compétences et à la main-d’œuvre, bâtir un bassin de talents, et intégrer les talents étudiants et les connaissances des établissements postsecondaires afin de favoriser l’innovation, la croissance et la durabilité des entreprises.Soutenir les étudiants pour qu’ils contribuent à combler les besoins des entreprises, une navigation simple pour se connecter aux programmes PSI compatibles (en particulier pour les PME), et renforcer la confiance dans la qualité et l’adéquation des étudiants au travail.
Responsables (comme TRAES, ECAIT, eCampusOntario et ses pairs)Réduire les efforts en double entre les établissements et les employeurs en mettant à l’échelle et en mettant en commun les meilleures pratiques, et créer et offrir un leadership éclairé et un ensemble d’outils, de normes et de mesures de soutien, comme des modèles pour la définition de la portée, le mentorat et l’évaluation.Agir comme le lien qui rassemble les gens, les idées et les ressources pour élargir les possibilités.

Le fait de comprendre ces niveaux favorise une meilleure prise de décision. Cela peut révéler des frictions (p. ex. fardeau administratif, inadéquation des calendriers, inégalité de l’accès aux possibilités), mais également des possibilités, surtout là où les responsables et les bailleurs de fonds peuvent réduire les coûts de transaction et améliorer la qualité à l’échelle du système.

Pouvoir et influence en contexte

Les acteurs de l’écosystème de l’AIT ont de l’influence, mais pas toujours là où ils ressentent le plus de pression.

  • Les étudiants détiennent le moins de pouvoir officiel, mais les expériences d’AIT ont pourtant une incidence disproportionnée sur leur vie professionnelle, et ils sont un vecteur très important pour le transfert et la génération de connaissances et d’innovation.
  • Les employeurs offrent les projets et les emplois qui rendent l’AIT possible, mais il peut être difficile de se connecter aux bons canaux des établissements postsecondaires et de s’y retrouver parmi les exigences du programme, en particulier pour les PME aux ressources limitées qui peuvent avoir une utilisation moins régulière du processus pour répondre à leurs besoins en personnel vacant.*
  • Les établissements d’enseignement postsecondaires sont responsables de l’expérience étudiante et de l’intégrité des programmes, mais dépendent des employeurs et des bailleurs de fonds pour tirer parti des possibilités disponibles.
  • Les bailleurs de fonds façonnent fortement le système par des incitatifs et des calendriers, mais interagissent rarement de façon directe avec les étudiants ou les activités quotidiennes d’AIT.
  • Les responsables occupent une position unique, avec une vue d’ensemble sur les établissements et les employeurs, mais dépendent fortement de la collaboration pour permettre le changement.

Le fait de reconnaître ces interdépendances nous aide à bâtir des systèmes d’AIT non seulement plus vastes, mais aussi plus équitables, durables et efficaces.

* Libérer le potentiel des PME dans l’AIT

Alors que les grandes entreprises disposent souvent de processus établis, de ressources et d’équipes dévouées qui facilitent l’harmonisation avec le calendrier de l’enseignement postsecondaire, les PME représentent environ 99,6 % des entreprises au Canada (données de 2023). Les PME représentent une énorme source de potentiel et d’innovation en matière d’AIT. Bien qu’elles offrent des occasions d’apprentissage significatives et à incidence élevée pour les étudiants, de nombreuses PME sont confrontées à des défis liés à l’accès en raison de la capacité administrative, du temps et des ressources limités nécessaires pour prendre part à des programmes d’AIT. Par conséquent, leur capacité limitée à participer pleinement ne s’explique pas par un manque d’intérêt, mais par des obstacles structurels que les responsables et les partenaires peuvent aider à surmonter.

Nos entrevues ont révélé que le développement de ces liens avec les PME est une clé potentielle pour renforcer l’écosystème de l’AIT. Les deux prochains articles de cette série exploreront ce que nous avons appris directement des PME, leurs besoins, les obstacles qu’elles rencontrent et comment des parcours mieux conçus pourraient considérablement accroître leur participation.

Votre participation à la discussion

Cette série vise à engager la conversation à l’échelle du secteur, et nous souhaitons vous entendre. Nous vous invitons à faire part de vos expériences, de vos solutions et de vos questions, car cela nous aidera à élaborer des outils, des conseils et du soutien communs pour les meilleures pratiques en matière d’AIT. Ensemble, ils permettent de susciter la collaboration et d’aider à renforcer l’écosystème provincial de l’AIT.

La suite de cette série

Cet article est le premier de trois billets explorant le paysage de l’AIT en Ontario :

  1. Mise en contexte (cet article)
  2. Ce que font les établissements d’enseignement postsecondaire de l’Ontario : les histoires du secteur
  3. Les PME et l’apprentissage intégré au travail

Reconnaissance de l’équité, de la diversité, de la décolonisation et de l’inclusion (EDDI)

Les idées de ce premier billet sont orientées par des conversations initiales avec des collèges, des universités et des employeurs de l’Ontario, avec une forte représentation des établissements en milieu urbain. Nous reconnaissons que pour comprendre toute la complexité de l’AIT, il faut inclure de manière significative les voix des instituts autochtones, des établissements francophones et bilingues, et d’autres communautés qui ne sont pas encore pleinement représentées dans le cadre de nos consultations. Ce travail est en cours, et nous invitons toutes les personnes qui souhaitent contribuer à le faire dans les commentaires ou en communiquant directement avec nous (research@ecampusontario.ca).