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Les PME et l’apprentissage intégré au travail : répondre aux besoins des entreprises en fonction de leur réalité  

Auteures : Iris Elliott et Phuong Diep  

(Partie 3 de la série en trois parties sur l’apprentissage intégré au travail [AIT] en Ontario, lien vers l’article 1 et l’article 2 de cette série)  

Dans le premier article de cette série, nous avons pris du recul pour examiner l’écosystème de l’AIT en Ontario: qui y participe, pourquoi l’AIT est important, et comment une hiérarchie des besoins aide à expliquer où se situent la pression, l’influence et les possibilités pour les étudiants, les établissements d’enseignement postsecondaire (EEPS), les employeurs, les bailleurs de fonds et les responsables. Dans le deuxième article, nous nous sommes concentrés sur les EEPS, sur ce qu’ils font en pratique pour faire avancer l’AIT dans un contexte de restrictions budgétaires, d’augmentation de la demande de placements et de complexité croissante.  

Ce troisième article s’intéresse aux petites et moyennes entreprises (PME) et à la relation entre les entreprises et l’enseignement postsecondaire.  

En Ontario, les petites et les moyennes entreprises (PME) constituent l’épine dorsale de l’économie. Elles représentent près des deux tiers des emplois du secteur privé et génèrent environ la moitié du PIB du secteur des entreprises de la province, ce qui les place au cœur de la croissance, de la productivité et de la résilience régionale, et non comme un segment marginal du marché du travail678.  

De leur côté, les établissements d’enseignement postsecondaire (EEPS) possèdent d’importants réservoirs de talents étudiants, de connaissances appliquées et de capacités de recherche dont les PME ont souvent besoin, mais auxquelles elles ne peuvent pas facilement accéder par elles-mêmes, en particulier lorsqu’elles sont confrontées à des changements rapides, à des ressources limitées ou à la pression de l’innovation9.  

Pourtant, un dilemme familier persiste. Pour les EEPS, collaborer avec une grande entreprise est souvent synonyme d’efficacité : une seule relation, une seule équipe juridique, un seul processus de RH, et potentiellement des dizaines de placements. Dans un contexte d’austérité, de réduction du personnel et de pression soutenue pour offrir des possibilités d’AIT à grande échelle, cette voie peut sembler être celle de la facilité.  

Pour les PME, naviguer dans les systèmes d’enseignement postsecondaire peut sembler opaque, long et risqué, en particulier lorsque les services de paie ne sont pas encore en place, que la capacité de supervision est faible ou que la valeur des contributions des étudiants semble incertaine par rapport à l’effort requis pour les intégrer et les encadrer.  

Le problème ne vient ni d’un manque de convergence et d’intérêts communs, ni même d’un manque de possibilités.  

Il s’agit fondamentalement d’un problème de coordination, alors que l’importance économique des PME dépasse de loin la capacité du système à s’adapter à leur réalité.  

La hiérarchie des besoins des PME  

Dans le premier article, nous avons proposé une hiérarchie des besoins des PME participant à l’AIT :  

  Besoins prioritaires  Autres besoins  
Employeurs  Profiter d’un accès rapide aux compétences et à la main-d’œuvre, bâtir un bassin de talents, et intégrer les talents étudiants et les connaissances des établissements postsecondaires afin de favoriser l’innovation, la croissance et la durabilité des entreprises.  Soutenir les étudiants pour qu’ils contribuent à combler les besoins des entreprises, Une navigation simple pour se connecter aux programmes PSI compatibles (en particulier pour les PME), et renforcer la confiance dans la qualité et l’adéquation des étudiants au travail. 

L’idée clé qui est ressortie à plusieurs reprises des conversations avec les EEPS et les employeurs est que les PME n’éprouvent pas tous ces besoins en même temps. Ils se manifestent différemment selon le stade auquel se trouve l’entreprise dans son cycle de développement, d’exploitation et d’embauche.  

Une entreprise n’ayant pas encore de service de paie qui tente d’éliminer un goulot d’étranglement ne recherche pas la même chose qu’un employeur prêt à embaucher qui essaie de systématiser son recrutement. Tous deux peuvent bénéficier d’une collaboration avec les EEPS, mais pas selon les mêmes modèles.  

De «Êtes-vous prêts?» à «Qu’est-ce qui vous convient maintenant?»  

Trop souvent, les conversations sur l’AIT demandent implicitement aux dirigeants de PME : «Êtes-vous prêts à accueillir un étudiant ou une étudiante?»  
Une question plus productive pourrait être : «Quel type de partenariat vous aiderait réellement en ce moment?»  

Ce changement de perspective est important pour les raisons suivantes :  

  • La collaboration ne doit pas toujours commencer par un emploi formel.  
  • Le niveau de préparation à la paie change ce qui est facile à organiser, mais pas ce qui est possible.  
  • La valeur et la confiance se construisent grâce à des engagements dont la portée est bien définie.  

Pour soutenir ce changement, nous proposons un bref diagnostic sous forme de questions fermées (réponses par oui ou non) conçu pour aider les PME, ainsi que le personnel des EEPS qui travaillent avec elles, à repérer rapidement les domaines dans lesquels le partenariat avec les établissements d’enseignement postsecondaire pourrait être le plus utile, ainsi que les types d’AIT. Plutôt que de prendre la forme de formulaire d’admission ou de vérification de la conformité, ces questions pourraient constituer un outil d’orientation, reliant les réalités des entreprises à des formats de collaboration qui correspondent aux besoins et aux capacités des PME.  

No  Question fermée (réponse par oui ou non)  Si la réponse est oui, cela suggère ce qui suit  Si la réponse est non, cela suggère ce qui suit  
1  Disposez-vous actuellement d’un système de paie et avez-vous embauché au moins un employé ou une employée dans le passé?  L’organisation est structurellement prête à accueillir des étudiants rémunérés (stagiaires ou étudiants inscrits à un programme d’alternance travail-études).  Collaboration potentielle avec les EEPS Stages, programmes d’alternance travail-études, recherche appliquée  L’organisation est sans service de paie ou à un stade très précoce; l’AIT de type emploi pourrait créer des frictions.  Collaboration potentielle avec les EEPS Projets de cours, microplacements, sprints de conseil  
2  Au cours des 6 à 12prochains mois, prévoyez-vous avoir besoin de capacités supplémentaires ou de nouvelles compétences en plus de votre personnel actuel?  Il existe une véritable demande à laquelle les étudiants pourraient contribuer à répondre.  Collaboration potentielle avec les EEPS Rôles ou projets d’étudiants alignés sur les compétences  La collaboration peut être exploratoire plutôt qu’axée sur les capacités.  Collaboration potentielle avec les EEPS Collaboration souple (événements, défis, projets de découverte)  
3  Y a-t-il quelqu’un dans votre organisation qui pourrait consacrer 1 à 2heures par semaine à l’accompagnement d’un étudiant ou d’une étudiante ou d’une équipe de projet?  L’organisation peut fournir la supervision nécessaire à un travail significatif des étudiants.  Collaboration potentielle avec les EEPS Placements, programmes d’alternance travail-études, projets définis  Capacité de supervision limitée; risque élevé de surcharge ou de mauvaise d’expérience.  Collaboration potentielle avec les EEPS Projets à court terme très structurés avec accompagnement externe  
4  Avez-vous un défi ou une occasion clairement définis qui pourraient bénéficier de la contribution d’étudiants ou de chercheurs?  Le travail des étudiants est susceptible de générer une valeur visible et une rentabilité de l’investissement.  Collaboration potentielle avec les EEPS Projets ciblés, recherche appliquée, projets de synthèse  La définition conjointe de la portée pourrait nécessiter un soutien afin d’éviter tout décalage.  Collaboration potentielle avec les EEPS Aide à la formulation de problèmes, projets exploratoires  
5  Avez-vous déjà travaillé avec un établissement d’enseignement postsecondaire (étudiants, recherche ou formation)?  Familiarité avec les échéanciers et les attentes des établissements d’enseignement; moins de frictions lors de l’intégration.  Collaboration potentielle avec les EEPS Mise à l’échelle ou approfondissement des types de collaboration réussis  Collabore pour la première fois; aura besoin de plus de conseils et d’étayage.  Collaboration potentielle avec les EEPS Formats d’initiation avec modèles et soutien actif  
6  Accepteriez-vous un engagement à court terme (de 2 à 8semaines) pour mettre à l’essai la collaboration avant de vous engager à plus long terme?  Ouverture à l’expérimentation à faible risque et à l’adoption progressive.  Collaboration potentielle avec les EEPS « Microplacements », projets de cours  Les dirigeants sont peut-être à la recherche d’embauches immédiates à long terme ou de résultats.  Collaboration potentielle avec les EEPS Placements, stages ou partenariats de recherche de plus longue durée  
7  Souhaitez-vous obtenir de l’aide pour trouver les programmes, les plateformes ou les personnes-ressources qui correspondent à vos besoins?  L’organisation est prête à être jumelée et soutenue par des intermédiaires.  Collaboration potentielle avec les EEPS Jumelage facilité (bureau de l’AIT, plateformes, partenariats)  L’organisation peut préférer le libre-service ou le recrutement direct.  Collaboration potentielle avec les EEPS Affichage direct ou collaboration informelle  

Dans l’ensemble, les questions portent sur les points suivants :  

  • L’état de préparation structurelle (y compris la capacité de rémunération et de supervision)  
  • La demande des entreprises (compétences, capacités, défis définis)  
  • L’expérience antérieure et la tolérance au risque  
  • Le désir d’orientation et de soutien  

Ce qui importe, ce n’est pas une réponse individuelle, mais la tendance que les réponses révèlent.  

Certaines PME se révèlent clairement prêtes pour des programmes d’alternance travail-études, des stages ou des partenariats de recherche appliquée, qui permettent de constituer des réserves de talents à long terme et d’intégrer les connaissances des EEPS dans leurs activités courantes. D’autres se révèlent être de bons candidats pour une brève collaboration, basée sur un projet, qui apporte une valeur immédiate tout en réduisant les frictions liées à l’intégration et en renforçant la confiance de part et d’autre.  

Les deux voies sont importantes. Elles répondent à différents niveaux de la hiérarchie des besoins des PME. Et toutes deux créent les conditions d’une collaboration plus approfondie au fil du temps.  

Pourquoi est-ce important dès maintenant?  

D’un point de vue systémique, ce recadrage débloque les capacités là où elles semblent souvent limitées.  

Pour les EEPS, il suggère des moyens d’élargir la participation des employeurs, sans exiger de chaque PME qu’elle ressemble à une grande entreprise. Les projets, les cours intégrés et les modèles à court terme ne sont pas des formes « inférieures » d’AIT. Ils servent souvent de tremplins qui rendent possibles des placements ultérieurs et jettent les bases d’une relation durable.  

Pour les PME, il précise que le partenariat avec les établissements d’enseignement postsecondaire n’est pas un engagement « tout ou rien ». Il existe des points de départ concrets qui respectent le temps, les ressources et l’incertitude, tout en apportant une réelle valeur ajoutée.  

Pour les étudiants, il apporte un plus large éventail d’expériences enrichissantes, en particulier au sein des PME, où le mentorat, l’exposition à une variété de tâches et les retombées directes sont souvent les plus importants.  

Dans l’ensemble, les possibilités sont considérables : un meilleur jumelage, moins de frictions et des partenariats qui s’adaptent à la réalité des PME, tout en soutenant les objectifs à long terme de perfectionnement des talents et d’innovation qui sous-tendent l’AIT.  

Il s’agit d’une conversation, et non d’une conclusion. N’hésitez pas à faire part de vos histoires dans les commentaires!  

Reconnaissance de l’équité, de la diversité, de la décolonisation et de l’inclusion (EDDI)  

Les idées de ce billet sont orientées par des conversations initiales avec des collèges, des universités et des employeurs de l’Ontario, avec une forte représentation des établissements en milieu urbain. Nous reconnaissons que pour comprendre toute la complexité de l’AIT, il faut inclure de manière significative les voix des instituts autochtones, des établissements francophones et bilingues, et d’autres communautés qui ne sont pas encore pleinement représentées dans le cadre de nos consultations. Ce travail est en cours, et nous invitons toutes les personnes qui souhaitent contribuer à le faire dans les commentaires ou en communiquant directement avec nous (research@ecampusontario.ca).